mardi, janvier 03, 2006

Nicolas Barré du Figaro ou 3 façons de vous voler

Dans son éditorial du 3 janvier ci-dessous, l'éditorialiste Barré nous prouve une fois de plus que le Figaro n'est pas un journal (ultra) libéral. A la question de comment financer le départ en retraite de la génération du baby boom, il ne trouve que 3 réponses:
- plus de travail,
- plus d'impôts (indirects comme la CSG ou la TVA sociale).
- moins de prestations.

Je me permets donc de rajouter les solutions libérales:
- une transition de 10 ans (ou plus rapide) vers la retraite par capitalisation,
- le dégraissage de l'Etat de ses fonctions non régaliennes et des privilèges de ses fonctionnaires(car le problème n'est pas que l'Etat n'a pas assez d'argent pour les très vieux, mais qu'il en dépense trop ailleurs),
- le libre choix de l'âge de la retraite qui ne pénalise pas ceux qui continuent de travailler.

Visiblement, Monsieur Barré pense qu'il est encore possible d'augmenter le montant du plus gros casse de tous les temps en faisant travailler les Français plus et en les taxant plus. Si la droite française a de telles idées, j'ai presque du mal à en vouloir à la gauche de croire encore au communisme!


L'héritage de 1946

L'éditorial, par Nicolas Barré
[03 janvier 2006]
Le grand événement économique de 2006 est déjà connu. Pour la première fois dans l'histoire moderne de notre pays, la population active va diminuer avec le départ en retraite de la génération de ceux qui sont nés en 1946, au début des Trente Glorieuses. Cette année, la France va prendre un coup de vieux.
Au moment où s'opère ce retournement démographique majeur, il est plus que légitime de s'interroger sur le financement de notre système de protection sociale, institué après-guerre. Le chef de l'Etat a ouvert ce débat lors de ses voeux aux Français. Il a eu raison de le faire en rappelant que la mondialisation constituait «un atout pour notre avenir». On ne préservera pas notre mode de vie en bouclant nos frontières ! Mais le monde a changé et le régime d'Etat providence que nous connaissons est condamné s'il n'évolue pas.


Notre système de protection sociale est financé aux deux tiers par des cotisations sociales (145 milliards d'euros) et pour un tiers par la CSG (65 milliards). Ce sont donc pour l'essentiel des prélèvements sur le travail qui assurent la plus grosse part des prestations de maladie, de retraite ou de famille.
Dans une économie peu ouverte comme l'était celle de la France au lendemain de la guerre, taxer le travail pouvait se concevoir. Mais à l'heure où l'informaticien de Grenoble se trouve en concurrence avec celui de Bangalore, ce mode de financement pénalise dangereusement l'emploi.
Plusieurs pistes de réforme sont ouvertes. L'une d'elles consisterait à instituer une «TVA sociale». Une partie des cotisations sociales serait remplacée par quelques points de TVA. On passerait ainsi d'un prélèvement assis sur les salaires et payé par les entreprises à une taxe acquittée par les consommateurs. Pour ses défenseurs comme l'ancien ministre des Finances Jean Arthuis, la TVA sociale améliore la compétitivité des entreprises nationales et fait participer leurs concurrentes étrangères au financement de la protection sociale puisque les produits importés sont taxés. Ses adversaires, en revanche, y voient un risque d'inflation et une menace pour le pouvoir d'achat.
Il existe d'autres manières d'alléger les charges sur les salaires, par exemple en taxant davantage les revenus : cela s'appelle la CSG. Ou en inventant une contribution nouvelle sur la valeur ajoutée, comme cela a été suggéré par certains économistes.
Mais on peut tourner le problème dans tous les sens, le défi reste le même. Pour combler le besoin de financement de la seule assurance-maladie en 2020, il faudrait une hausse de 5 à 12 points du taux normal de TVA, selon le rapport Pébereau. Imagine-t-on une TVA à 32% ? Et encore faudrait-il ajouter plusieurs autres points de TVA pour les retraites !
C'est le poids de notre régime de protection sociale, plus que son mode de financement, qui pèse sur la compétitivité de notre économie. L'héritage de 1946 est décidément lourd à porter pour la génération qui vient. Plus de travail, plus de taxes ou un Etat providence moins généreux ? Elle devra choisir. Sans doute un peu des trois.